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Pragmata test : Capcom tient-il son prochain grand nom ?

Lucas Morel·
Pragmata test : Capcom tient-il son prochain grand nom ?

Annoncé en 2020, repoussé trois fois, quasiment enterré par la presse spécialisée. Et pourtant Pragmata est sorti le 17 avril 2026, presque sans bruit, avec un 85 sur Metacritic et des joueurs qui en parlent comme de la meilleure surprise Capcom de l'année.

On a passé une quinzaine d'heures dessus. Voici ce qu'on en pense, sans langue de bois.

Pragmata, c'est quoi exactement ?

Pragmata, c'est un jeu d'action à la troisième personne signé Capcom, développé sous le RE Engine (le même moteur que Resident Evil Village ou Street Fighter 6). L'histoire se passe sur une base minière lunaire qui extrait de la lunafibre, une ressource utilisée pour alimenter des imprimantes 3D capables de fabriquer à peu près n'importe quoi.

Le pitch : Hugh, un technicien envoyé sur la base, se retrouve seul quand les robots du site pètent les plombs. Pour survivre et rétablir le contact avec la Terre, il doit s'appuyer sur Diana, une androïde au visage de petite fille qui l'accompagne en combat et porte une grosse partie du récit.

Tu vois où ça va. On reconnaît l'ADN de Capcom : un duo qui doit se faire confiance, un huis clos oppressant, des couloirs pleins de machines devenues hostiles. Sauf qu'ici, la mécanique centrale casse complètement la routine du TPS.

Un gameplay qui force à réfléchir pendant qu'on tire

C'est le vrai pari du jeu, et il est réussi. Chaque ennemi de Pragmata est protégé par un bouclier qu'il faut hacker avant de pouvoir lui faire des dégâts. Hugh tire, Diana hacke. Sauf que le hack n'est pas automatique : il prend la forme d'un mini-puzzle en temps réel, une grille où on doit relier des nœuds pendant que l'ennemi te colle au corps.

Au début, on galère. On meurt parce qu'on veut faire deux choses en même temps. Au bout de cinq heures, la gymnastique mentale devient naturelle, et c'est à ce moment-là que le jeu décolle vraiment.

Les affrontements deviennent une affaire de rythme. Tu esquives, tu valides un nœud, tu tires deux balles, tu valides le dernier nœud, tu vides le chargeur sur l'ennemi maintenant vulnérable. Ça ne ressemble à aucun autre TPS sorti récemment.

Les boss, eux, poussent cette mécanique dans ses retranchements. On a croisé une espèce de scarabée géant qui force à hacker des zones spécifiques de sa carapace pendant qu'il charge sans prévenir. Spectaculaire, exigeant, et pas frustrant pour un sou.

Diana, l'androïde qui polarise

Le couple Hugh-Diana est le vrai moteur émotionnel du jeu. Les échanges entre les deux personnages ne tombent jamais dans la mièvrerie facile, et Capcom a fait le choix d'une écriture directe qui refuse l'intellectualisation. Quand Diana apprend une émotion humaine, elle le dit. Quand Hugh craque, il craque.

Le personnage divise quand même. Diana est conçue comme une enfant idéalisée, ce qui peut gêner. Le site Écran Large compare son écriture à "une simulation ChatGPT d'une petite fille", et on comprend le reproche. Elle est trop parfaite, trop prévisible dans sa candeur.

En plus, elle parle beaucoup. Trop, parfois. Pendant les combats, elle lance des commentaires qui te traitent comme son assistant plutôt que son partenaire. Au bout de dix heures, on a fini par baisser le volume des voix dans les options.

Cela dit, la fin du jeu rattrape largement ces défauts. Sans spoiler, les dernières heures livrent plusieurs scènes qui restent en tête longtemps après avoir éteint la console.

Durée de vie et rythme : le point qui fâche

On arrive au gros reproche. Pragmata dure environ 15 heures pour boucler l'histoire principale, et 30 à 40 heures pour les complétistes qui veulent ramasser tous les collectibles et finir les défis annexes.

Sur le papier, c'est honnête pour un jeu solo à ce prix. Dans les faits, le jeu souffre de plusieurs temps morts qui cassent le rythme.

Les rechargements d'armes sont d'une lenteur pénible. Hugh met une éternité à recharger son flingue, et en plein combat contre plusieurs ennemis, ça devient vite un problème qu'on subit plus qu'on ne gère. Le fast-travel aussi est mal pensé : tu dois revenir à un terminal spécifique pour téléporter, ce qui rallonge artificiellement les allers-retours.

Quant au level design, il reste très linéaire. La base lunaire est belle, l'ambiance est réussie, mais on a vite l'impression d'enchaîner des couloirs qui se ressemblent. Les zones d'exploration cachent quelques secrets, mais rien qui justifie vraiment de fouiller chaque recoin.

Comment ça tourne sur chaque plateforme ?

On a testé Pragmata sur PS5 principalement, et le jeu y est impeccable : 60 fps stables en mode performance, 30 fps en mode qualité avec ray tracing, temps de chargement quasi inexistants grâce au SSD de la console. La DualSense est bien exploitée, notamment pendant les phases de hack où les gâchettes adaptatives simulent la résistance des connexions.

Sur Xbox Series X, le jeu tient ses promesses techniques sans différence notable avec la PS5. Sur PC, il demande une configuration correcte mais reste accessible : une RTX 3060 suffit pour faire tourner le jeu en 1080p 60 fps tout à fond.

La vraie surprise, c'est la version Nintendo Switch 2. Capcom a fait un boulot d'optimisation impressionnant. Le jeu tourne en 40 fps stable en mode docké, avec une résolution dynamique qui descend rarement sous le 1080p. En portable c'est plus compromis, mais ça reste jouable. Si tu veux découvrir les sorties d'avril 2026 qui méritent vraiment le coup, Pragmata est clairement dans le haut du panier.

Pragmata dans le catalogue Capcom

Il faut situer le jeu par rapport au reste du catalogue actuel. Ce n'est pas un Resident Evil, ce n'est pas un Devil May Cry. Capcom l'a clairement positionné comme une expérience one-shot, pas comme le début d'une franchise, et ça se ressent dans la manière dont le jeu est construit.

Et c'est ce qui le rend rafraîchissant. Pas de remplissage artificiel, pas de quêtes Fedex interminables. Le jeu va droit au but et ne demande pas cinquante heures pour livrer son propos.

À côté de ça, si tu cherches un gros Capcom plus ambitieux, Resident Evil Requiem reste la valeur sûre du moment. Et si tu veux du sci-fi plus nerveux, Saros de Housemarque débarque le 30 avril sur PS5 et coche des cases très différentes.

Notre avis après 15h de jeu

On est sortis de Pragmata avec un vrai sentiment, celui d'avoir joué à quelque chose de différent. La mécanique hack-shoot est brillante, le duo Hugh-Diana tient la route malgré ses bizarreries, et l'ambiance graphique compte parmi les plus marquantes de l'année. Yasumasa Kitagawa livre en plus une bande-son qu'on peut écouter en dehors du jeu sans s'ennuyer.

Les défauts sont bien réels. Le rythme mou par moments, les rechargements à rallonge, le scénario qui manque de contexte sur son antagoniste. Rien d'éliminatoire, mais assez pour faire la différence entre un très bon jeu et un candidat sérieux au jeu de l'année.

Notre note : 8/10. Un Capcom qui prend des risques et qui les assume. Si tu en as marre des open worlds qui durent 100 heures pour ne rien dire, Pragmata va te faire du bien.

Pour poursuivre sur Capcom, va jeter un œil à notre preview basée sur la démo, qui reste intéressante pour comparer avec la version finale. Et toi, tu l'as testé ? Plutôt team "pépite cachée" ou team "sympa mais pas inoubliable" ?