Cthulhu The Cosmic Abyss : le pari Lovecraftien de Big Bad Wolf tient-il la route ?

Douze heures sous l'eau, une IA qui finit par te parler comme une vraie copine, et des bugs qui peuvent te faire perdre une heure de progression d'un coup. Voilà en gros ce que propose Cthulhu: The Cosmic Abyss, sorti le 16 avril 2026 sur PC, PS5 et Xbox Series. Les notes partent dans tous les sens : 3/5 chez TechRadar, 4,5/5 chez TheGamer. Pas vraiment le consensus, et c'est exactement pour ça que le jeu mérite qu'on s'y attarde.
Le studio derrière ça, c'est Big Bad Wolf, ceux qui nous avaient déjà servi The Council en 2018 et Vampire: The Masquerade – Swansong en 2022. Deux jeux narratifs à choix multiples, aucun combat, beaucoup de dialogue. Cette fois, l'éditeur Nacon les envoie explorer l'univers de Lovecraft. Changement d'ambiance radical, mais la recette reste la même : une enquête, des énigmes, et toi qui dois garder ta santé mentale pendant que le jeu essaie de te la bouffer.
C'est quoi l'histoire de Cthulhu The Cosmic Abyss ?
On est en 2053. Une station minière installée au fond du Pacifique a cessé de répondre. Les mineurs ont disparu, et la société qui gère le site a appelé Noah, un investigateur de l'occulte avec un passif chargé. Ton ami a disparu peu avant dans des circonstances bizarres, et toi tu es persuadé qu'un truc cloche avec une organisation appelée Ocean-I, dirigée par un certain Andrew Marsh.
Si le nom te dit quelque chose, c'est normal : Marsh est une référence directe au Cauchemar d'Innsmouth, la nouvelle de Lovecraft de 1936. Big Bad Wolf ne cache pas ses inspirations. Le studio t'envoie progressivement vers R'lyeh, la cité engloutie aux géométries impossibles où dort le Grand Ancien. Tu ne la vois pas tout de suite. D'abord la station, puis les abysses, puis le délire complet.
Le scénario fonctionne sur des choix qui affectent la fin. Il y a plusieurs issues possibles, certaines plus sombres que d'autres. Un détail intéressant : d'après les testeurs, les fins "bonnes" sont plus décevantes que les mauvaises. Le jeu récompense visuellement ceux qui embrassent la folie. Un choix de game design assumé, et franchement bien vu dans un jeu Lovecraftien.
Le gameplay : zéro combat, que de l'enquête
Si tu cherches un shooter ou un survival horror type Amnesia, passe ton chemin. Cthulhu The Cosmic Abyss est un walking simulator investigateur, assumé comme tel. Tu ramasses des documents, tu examines des objets, tu résous des énigmes environnementales. Tu ne tires jamais sur rien. Les seules menaces sont psychologiques ou scénaristiques.
Le gros système central, c'est le sonar de Key, ton IA compagnon. Tu dépenses de l'énergie pour scanner l'environnement, cataloguer des objets, trouver la bonne fréquence pour débloquer une énigme. L'énergie se recharge en moissonnant de la biologie sur place, donc ça t'oblige à fouiller en permanence. Certains testeurs trouvent ça répétitif, d'autres trouvent ça élégant. Ça dépendra probablement de ton tempérament.
Il y a aussi un système de corruption qui récompense les choix sombres. Les solutions "maléfiques" sont plus rapides et plus faciles à trouver, celles qui te gardent du bon côté demandent plus d'efforts. C'est malin, parce que ça te met vraiment face à la tentation du culte, plutôt que de juste te la raconter. Si tu as fait le genre Disco Elysium, tu vois l'idée.
Côté contenu, compte environ 12 heures pour une première partie, plus si tu veux chopper plusieurs fins. Pas mal pour un jeu narratif à ce prix, même si certains trouveront que ça traîne sur la fin.
L'IA Key, le vrai coup de cœur du jeu
Tous les tests s'accordent sur un point : le compagnon IA est le meilleur truc dans ce jeu. Elle s'appelle Key (ou Kee selon les versions), et elle commence comme une voix robotique monotone. Tu roules des yeux, tu te dis ok c'est la énième IA cynique de jeu vidéo.
Et puis au chapitre 2, quelque chose change. Sa voix s'assouplit. Elle commente tes découvertes. Elle devient curieuse de ce monde qu'elle ne peut pas comprendre. D'après TheGamer, la transition est si progressive que le testeur a "oublié qu'elle avait jamais parlé en monotone". C'est rare qu'un jeu réussisse à faire évoluer un personnage sans appuyer lourdement sur le script.
Key devient la vraie partenaire de Noah. Les dialogues entre eux portent une grosse partie de l'émotion du jeu. C'est d'autant plus efficace que le reste du casting est assez fonctionnel. Noah lui-même est un peu fade, mais Key compense.
Les notes en dents de scie : pourquoi un tel écart ?
Les avis presse sont vraiment partagés. TechRadar met 3/5, en parlant d'un "horror puzzler malin qui s'écroule presque sous la lourdeur et les problèmes techniques". TheGamer donne 4,5/5 en saluant une expérience émotionnelle réussie. PSU et CGMagazine sont plus proches de TechRadar, TheGamer est plus enthousiaste.
D'où vient l'écart ? Principalement des problèmes techniques. Plusieurs testeurs rapportent des crashs qui corrompent les sauvegardes, faisant perdre jusqu'à une heure de progression d'un coup. Le système d'auto-save fonctionne mal, et certains joueurs ont été bloqués par des bugs qui empêchent littéralement d'avancer. Sur Unreal Engine 5, ce n'est malheureusement pas une surprise : Big Bad Wolf avait déjà eu des soucis similaires sur Swansong à son lancement.
Ensuite il y a la question du rythme. Certaines énigmes sont trop vagues, d'autres demandent des manipulations fastidieuses. Quand tu relances cinq fois une séquence à cause d'un souci de sauvegarde, ton patience prend cher. Les testeurs les plus indulgents sont ceux qui ont eu peu de bugs. Ceux qui en ont accumulé ont logiquement moins apprécié.
Troisième point : la narration. Ceux qui aiment le style Big Bad Wolf (dialogues lourds, ambiance contemplative) adorent. Ceux qui voulaient plus d'action trouvent ça poussif. C'est un jeu qui assume son côté ralenti et littéraire, et ça ne plaira pas à tout le monde.
Le contexte du mois d'avril 2026
Le timing de sortie est particulier. Cthulhu The Cosmic Abyss débarque dans une fenêtre ultra chargée : Tomodachi Life Une vie de rêve et Oblivion Remastered sont sortis le même jour. Pragmata arrive juste derrière, et Hades 2 s'est posé sur PS5 et Xbox deux jours avant.
Autant dire que Big Bad Wolf n'a pas choisi la semaine la plus facile. Le jeu risque de passer un peu sous les radars, alors qu'il mérite clairement plus d'attention qu'un Crimson Desert dont on a fait le test récemment. Différent public, différentes ambitions, mais dans le genre expérience narrative adulte, le Cthulhu se défend bien.
Si tu cherches des alternatives plus rassurantes sur le rapport qualité-technique, jette un œil à notre sélection des sorties d'avril 2026. Il y en a pour tous les goûts, et certains jeux sont moins risqués techniquement.
Ça vaut le coup d'y jouer maintenant ou d'attendre ?
Franchement, ça dépend de ta tolérance aux bugs. Si tu es du genre à réclamer un produit fini dès le jour 1, attends un patch. Big Bad Wolf a un historique de correction assez rapide sur ses titres, donc une grosse mise à jour est probable d'ici un mois ou deux. Le jeu sera le même, juste plus stable.
Si par contre l'univers Lovecraftien te parle vraiment et que tu acceptes quelques concessions techniques, c'est un jeu à faire. Il a des moments franchement mémorables, une relation Noah/Key qui fonctionne, et une fin qui marque. Le prix de 40€ environ (avec -10% sur Steam actuellement) est correct pour 12 heures de contenu narratif dense.
Un détail à noter : l'édition contient un scénario RPG exclusif pour Arkham Horror et une bande-son d'une heure. C'est du petit bonus sympa si tu fais déjà du JDR papier dans cet univers.
Ce qu'on retient de cette sortie
Cthulhu The Cosmic Abyss n'est pas le chef-d'œuvre que certains espéraient après Swansong, mais il n'est pas le désastre que d'autres craignaient non plus. C'est un jeu imparfait qui propose une vision sincère de l'horreur cosmique, portée par un compagnon IA excellent et une ambiance réussie. Les bugs vont probablement disparaître avec les patchs, et il est possible que dans six mois on le regarde comme un petit classique injustement boudé.
En attendant, c'est un pari. Un pari qui paie si tu acceptes les règles de Big Bad Wolf : rythme lent, dialogues denses, zéro action. Un pari perdant si tu voulais un jeu d'horreur plus nerveux, ou quelque chose de mieux fini au lancement. À toi de voir où tu te situes.
Tu as lancé le jeu ? Raconte ton pire bug ou ta meilleure énigme en commentaire, on est curieux de voir ce qui ressort des premiers retours de la communauté francophone.